COMME DISAIT MON PERE - MA MERE NE DISAIT RIEN

Texte de Jean Lambert-wild

Avec Nathalie Royer 

Mise en scène : Michel Bruzat 

Scènographie, décor : Vicnent Grelier

Lumières ; Franck Roncière

Costumes : Dolores Alvez Bruzat 

Construction décor : Alain Pinochet 

Représentations au

THEATRE DES DECHARGEURS à PARIS 

 

du mardi au samedi à 19h30

du 8 janvier au 9 février 2019

résentations au<< Nouvelle zone de texte >>

Comme disait mon père ...    Chris Dussuchaud 
… Natalie Royer est impressionnante !

Le directeur du Centre dramatique national de Limoges, comédien et metteur en scène, est, de surcroît, écrivain. Subtil. Fils d'un ingénieur agronome devenu, à la demande du gouvernement, responsable d'un groupement d'éleveurs de bovins sur l'île de La Réunion afin, en pleine guerre froide, de pallier à une éventuelle pénurie alimentaire, Jean Lambert-wild a, sur une enfance et une adolescence cabossées, consigné les blessures en les expectorant au fur et à mesure sur des bouts de papier, des carnets intimes labellisés trousses de premiers secours/recours. Une sauvegarde, une bouée, un tuba. Une chatière ? Thérapie juvénile tatonnée. Vas-y, mais machette-moi ce cordon ! Jeux de miroir, mise en abîme, comme pour tester où l'on peut aller trop loin...
Plus tard, la naissance de son fils déclencha la mise bas de l'étape suivante : l'homme-devenu était prêt à régler définitivement ses comptes avec le passé ; c'est dans la moiteur de la jungle brésilienne du Mato Grosso, au cœur de la tribu frère des Indiens Chavantes, qu'il se sentit prêt à exfiltrer cette part de lui à peine voilée, en salle d'attente. Larmes, écorchures cristallisées sous le masque du clown éternel. Ouvrir les vannes... En ordonner, maîtriser, orienter le jet...
Une coulée incandescente prit forme, rythmée et référencée par ce malicieux leitmotiv : comme disait mon père . Si, à seize ans, Charles Bukowsky solda d'un coup de poing vengeur tous ceux qu'il avait encaissé de son géniteur maltraiteur, Jean 'raging' Lambert-wild, lui, usa de plus de... délicatesse, d'humour - de prudence peut-être -, en noirçissant non pas l'œil paternel mais des feuilles de papier. L'exercice de mise en chapelet aboutit en 2009 à la publication de pensées ramassées derrière le père, décrit comme vulgaire et poète, un court texte de vingt-deux pages-saillies suivi de Ma mère ne disait rien, douze pages de pensées labourées devant une mère effacée, résignée... Torrents troublés/troublants de mots-cataplasmes ; langue chargée ; transe vaudou désenvoûtante.
En découvrant ces deux textes qui, jusque-là, n'avaient fait l'objet que de lectures publiques (par André Wilms puis par Marc Goldberg), l'entremetteur en scène Michel Bruzat se laissa gagner par deux évidences : convaincre leur auteur de lui confier le soin d'installer sa prose dans une arêne théâtrale et l'offrir à une experte du phrasé. De ce désir naîtra le premier partenariat entre La Passerelle (trente ans !) et L'Union, deux enseignes aux atomes naturellement crochetables.
Quant au cadeau, il revint à Natalie Royer, cinquante auteurs visités, de Sophocle à Shakespeare, de Fassbinder à Mankell, de Koltès à Handke, etc., sous la direction, entre autres, de Pierre Debauche,  Stanislas Nordey, J.-G. Nordmann ou de... Michel Bruzat déjà à deux reprises. Formée au CDN de Saint-Etienne, prix de la Critique pour son rôle de Lorenzo dans Lorenzaccio, cette admirable interprète s'est immergée avec autant d'angoisse que de volupté dans l'appropriation d'un écrit réputé immontable. Jean Lambert-wild, qui s'y connaît, dit d'elle qu'elle a la qualité des assassins : elle tranche bien, elle sait aiguiser et jouer du couteau de la langue ! 
Il fallait, effectivement, une voix virtuose pour investir, maîtriser, activer à cœur ouvert une telle décharge de petits cris étouffés malicieusement attendris par l'humour, cette politesse élégante du désespoir. Avec l'humilité et l'évidence des grands, Natalie Royer déambule, hoquette, serpente, fildeférise avec autant de grâce que d'aplomb sur les vieilles cicatrices d'un adulte resté - et c'est très bien - un môme... (L'enfance, qui peut nous dire quand ça finit, qui peut nous dire quand ça commence, c'est rien avec de l'imprudence, c'est tout ce qui n'est pas écrit... Jacques Brel).
                                                                                                     Chris DUSSUCHAUD.

Comme disait mon père et Ma mère ne disait rien, de Jean Lambert-wild, par Natalie Royer (mise en scène Michel Bruzat ; décor Vincent Grelier ; lumière Franck Roncière) : du 5 au 17 décembre à 20 h 30, sauf dimanches 18 h, relâche lundi, à La Passerelle.
Dans Vies d'Envies sur RCF Limousin : jeudi 7 de 20 h à 22 h, et dimanche 10 décembre de 16 h à 18 h (99.6 à Limoges, 100.2 à St-Yrieix, 107.4 à Bellac, 105.8 à St-Junien, 95.8 à 

 

 

NOTES DE SPECTATEURS /

 

« Comme disait mon père,… »… 5 décembre, soir de la première.
Ils étaient tous là, tous les artisans et artistes de cette création.
Nous étions là, le public.
Une première très attendue tant le texte de Jean Lambert Wild semblait difficile à porter en scène ! Quel pari et aussi quelle audace de la part de Michel Bruzat ! ? Et aussi, l’union dans l’Union ! Oui ! Le théâtre en trait d’Union.
Ouverture , un frémissement parcourt la salle !
Nathalie Royer, toute en tension fragile, tant le désir de la preuve est attendu, un texte à donner et à partager, oui et comment ? Elle ne le sait pas encore, elle est impériale ! Elle nous emmène dans une écoute jouissive et avide de chacun des « Comme disait… » « Je savais » ! Le texte de Jean Lambert Wild résonne. Riche, trouble et complexe, en écho à nos mémoires d’enfant et d’adulte !
Merci Michel, merci Nathalie.
Nathalie. Une voix profonde, un timbre unique qui atteint nos coeurs. Un corps dramaturgique, une résonance textuelle, un corps contraint, masculin, féminin ? Des corps sociaux… Oui ! Et enfin un corps libre, qui court, qui s’échappe, qui s’envole, gauche, puissant, le nôtre, le vôtre… Magnifique. FIN.
Et des applaudissements qui ne veulent s’arrêter…
Et puis des regards échangés, troublés entre spectateurs. Nous avions tous le sentiment que nous venions de vivre quelque chose de rare. Que partagions nous ? Des mots qui disaient des sentiments : « j’ai eu envie de pleurer, le bégaiement et le dos de la comédienne m’ont troublé, il y a quelque chose qui m’a percuté l’estomac dans ce que j’ai entendu, je ne sais pas quoi ?! J’ai mal… »
Merci au théâtre de la Passerelle.
Mauricette

 

 

 

voici ce que m'inspire le spectacle d' hier soir : MERCI!
" Lumière : il a tout dit! Ce père dont Jean-Lambert Wild nous livre les pensées. La mise en scène sans concession et brûlante de Michel Bruzat; le décor sobre, élégant , symbolique de Vincent Grelier, érigent cette parole du père, haut, pour mieux en souligner la terrible portée sur un fils. Troublant.
Nathalie Royer, joue ce texte poétique et parfois délirant de philosophie paternelle, comme un homme sur le point de se noyer. Troublant.
Elle, si frêle, se fait lutteuse, pour se jeter corps et âme dans le déluge des sentences de ce père intransigeant. Parole sabre, qui veut dresser un fils comme on dresse un guerrier;
Scène ombre et lumière qui se métamorphose par un jeu subtil d 'encastrements mobiles. 
L'actrice est ici samourai du verbe. A en trembler de vérité et de courage.
Assumer, l'héritage du père? Fuir? Sombrer dans la folie, terrorisé sous le poids des mots- couperets? Parler, dire jusqu' à l'épuisement, jusqu' à se purger de cet héritage de pensée, si fou et si lucide à la fois ?
" Comme disait mon père " ! Parole qui écrase. 
TROP lourde à porter. Actrice aux multiples visages, qui se donne, du haut de cette estrade- tantôt place publique, tantôt lieu intime.
Parole poétique, qui vole, avec un certain mépris du père pour les faibles.
" Ma mère ne disait rien" témoigne ensuite de la lucidité de l'enfant sur une mère, en cuisine, qui se tait, et mange ses lèvres tandis que sa famille mange autour de la table.
" Help!" : ce texte troublant, inclassable, mis en scène hautement et simplement par Michel Bruzat, est à voir et entendre. Absolument.
 Nathalie Royer ? Une actrice samourai qui emporte ces haikus du père et nous les assène avec une vérité d'engagement, totale. 
 Merci . "
agnès g.

 

 

 

Cher Michel,
J’étais très curieux de ce spectacle pour plusieurs raisons. D’abord ton nouveau défi de monter un texte injouable comme tu le fais maintenant régulièrement à la Passerelle. Pas de dialogues donc un théâtre intérieur. Retrouver l’attachante Natalie que nous avions bien côtoyée lors de « Je suis le vent » et en savoir un peu plus sur l’énigmatique Jean que je rencontre quelquefois et dont la parole volubile s’applique à mobiliser tout le savoir-faire régional au service du théâtre. 
D’amblée, Natalie nous réjouit à égrener, en les pensant fortement, les maximes que son père disait et il en disait. Le « mon père disait » ponctue chaque précepte en remplacement du chrétien « amen ». Un vrai chapelet de perles savoureuses mais des injonctions à respecter.  Il y en a tant que, intégrant l’une, on se laisse dépasser par la suivante. Parfois, la règle est oubliée, et à force d’insistance, c’est une voix d’outre-tombe (le cloud du net n’existait pas encore) qui la lui crie. De l’accablement pour l’enfant certes mais ces principes de vie avec toutes leurs contradictions veulent mobiliser pour l’action, la stratégie. Le personnage se déplace sur un grand puzzle géométrique, assemblé de volumes inclinés aux angles droits. Cela peut évoquer la Réunion toute noire de son épaisse roche volcanique. Les éclairages durs sculptent l'enfant dans ce paysage sans couleurs. 
S’écrivent au sol comme sur un tableau d’école les titres des  deux actes. Le père devenu muet, c’est sa mère que le fils observe et évoque avec poésie, toute enfermée dans son univers frileux au service de ses enfants. La langue très belle, avec attendrissement,  resserre l’espace et l’enfant s’enfuit à toutes jambes. Cette biographie fantasmée correspond à une réalité. Dans wikipédia au sujet de Jean, cet épilogue est évoqué : Après plusieurs tentatives rocambolesques de quitter son île sans attendre sa majorité, il finit par rejoindre la métropole en 1990.
Pari gagné encore une fois à la Passerelle pour le plus grand plaisir du spectateur exigeant que nous sommes.  S’ajoute le ravissement que si peu de moyens techniques réussissent un spectacle pénétrant. Merci Natalie, Michel, Franck et Jean.

Michel Thomas 

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SPECTACLE DE FIN D'ANNEE

Du mercredi 26 au

samedi 29 décembre à 20h

Dimanche 30 décembre à 18h

Lundi 31 décembre 20h et 22h

L'AMOUR VACHE 

Avec Nadine Béchade et

Gilles Favreau

 

Programme de chansons du répertoire, hétéroclites et sans concessions sur le thème de l'amour

 

 

Photo : Rafael Villamizar