Portraits de la Haute-Vienne > Michel Bruzat : "Je reste un utopiste avide de poésie"

Dans son petit bureau “secret” de la Passerelle, avec entre ses mains le chapeau de Jean Pellottier, récemment disparu, qui fut son professeur au conservatoire de Limoges. Aujourd’hui, la Passerelle a ses “Amis”, association qui conduit des actions pour soutenir ce lieu en cette période difficile pour toute structure. culturelle? - photo thomas jouhannaud

Il se rêvait sportif ou éducateur. Michel Bruzat est devenu metteur en scène, patron d’un théâtre et enseignant au conservatoire. Bientôt, dans son petit lieu alternatif, il retrouvera les planches en jouant Pessoa.

«Quand j'étais jeune, j'ai fait le CREPS (*) à Toulouse mais j'ai été collé », sourit Michel Bruzat. Il faut dire que le jeune Bruzat était classé en tennis, en squash. En 1970, il fut champion du Limousin de tennis de table. Il fit aussi beaucoup de rugby au lycée Gay-Lussac puis en fac à Limoges. Il était donc assez logique qu'il aspire à devenir professeur d'éducation physique.

« C'est mon père, Roger Bruzat, un honnête homme, représentant en vins, qui m'a donné ce goût du sport. Le dimanche, on allait voir les matches de rugby à Beaublanc. Je jouais au ballon avec lui. D'ailleurs, enfant, j'avais toujours une balle avec moi. Je m'ennuyais ferme à l'école. Alors à la récré, je la sortais et jouais. Dans la rue, je jouais. Je jouais tout le temps. »

Au fond depuis, il n'a jamais cessé… Le goût du jeu mais aussi le sens du collectif, il les a retrouvés au théâtre. Et finalement, c'est l'héritage de sa mère, Odette, qu'il va faire fructifier. « Elle enseignait le piano. J'ai toujours entendu des notes à la maison, des notes et des rires ! C'est d'elle que je tiens l'idée de l'apprentissage par le plaisir », explique celui qui s'est toujours senti pédagogue. Du coup jeune homme, il passa aussi les tests pour intégrer l'école d'éducateur à Bordeaux. Il les réussit. « Mais cette fois, c'est moi qui n'y suis pas allé », sourit-il encore.

En revanche, depuis vingt ans, sa fibre pédagogue s'exprime dans les cours d'art dramatique qu'il donne au conservatoire de Limoges. Il accueille les élèves à La Passerelle. « J'ai formé des milliers d'enfants et de jeunes, avec le désir de les accompagner dans l'épanouissement de leur personnalité. » Passionné par les pédagogies Freinet et Montessori, c'est le but premier de son enseignement.

Comment le théâtre est-il entré dans sa vie ? Il ne saurait dire… Par les auteurs, c'est certain. Très tôt, ils ont accompagné sa vie, sa réflexion. Depuis la création de La Passerelle en 1987, il en a défendu beaucoup : les classiques – Molière, Montaigne, Rabelais, Rousseau, Voltaire – mais aussi les contemporains – Michel Tremblay, Calaferte, Dario Fo, etc.

« Nous partions
de rien »

« A "Gay-Lu", je montais déjà des pièces », raconte-t-il. A la fac, sa maîtrise de lettres portera d'ailleurs sur "la place de l'acteur dans la société". Il faut dire que dès 1965, il suit les cours de théâtre au conservatoire de Limoges. Il fut élève de Jean Dorsanne et de Jean Pellottier, récemment disparu.

 

Dans les années 1970, le jeune Michel Bruzat est engagé comme acteur au Théâtre du Limousin, centre dramatique national itinérant dirigé par Jean-Pierre Laruy et Georges-Henri Régnier. Il joue en France, à l'étranger, au petit théâtre de La Visitation à Limoges. Il joue Karl Valentin, Alice au Pays des Merveilles, Shakespeare… C'est ainsi qu'il rencontre Pierre Valde, homme de théâtre qui enseigna aussi à Gérard Desarthe ou Jean-Luc Bouté. « J'allais le voir à Paris. C'est lui qui m'a appris que le théâtre est un métier d'artisan où il ne faut jamais tricher ».

Fort de cette nouvelle vision, il quitte le centre dramatique pour participer à la création, en 1977, des Tréteaux du Limousin. Cette troupe réunissait tous ceux qui ont fait évoluer le théâtre à Limoges et en Limousin dans les années 70-80. Cette équipe réunissait Andrée et Max Eyrolle, Alain Labarsouque, Dominique Basset-Charcot, Patrick Michaelis, Jean-Louis Verdier, Katia Henkel. « Nous partions de rien. Avant les années 1970, le Limousin était théâtralement une quasi jachère. Nous jouions à La Visitation et partout en région, dans les villages, les petits lieux. C'était la folie ! C'était la galère ! C'était magnifique ! » Un rôle qu'il joua marque cette époque : Martin Nadaud, maçon creusois devenu député. Mais toute belle histoire a une fin…

Michel Bruzat décide ensuite de "créer sa maison". En 1987, avec des amis, il transforme un magasin de fourreur en théâtre de la Passerelle, rue du général-Bessol. En 28 saisons, il y a monté 80 spectacles.

Poésie et délicatesse

Chacun fut une déclaration d'amour à un auteur mais aussi à des acteurs fidèles, qui constituent sa famille artistique, Yann Karaquillo, Marie Thomas, Flavie Avargues, Jean-Pierre Descheix et tant d'autres ! La Passerelle est aussi leur maison… « J'ai cette utopie d'un théâtre où après la représentation, on quitte la salle plein d'espoir de changement dans la société. »

En parlant d'utopie… Michel Bruzat a connu toutes celles du XX e siècle. Il a fait Mai 68. Il a vécu en communauté. « Aujourd'hui, quelle régression ! La montée du FN me fait peur. Avec 17 %, ça peut aller vite. Mais je reste un utopiste debout, avide de poésie. Ce sont la poésie et la délicatesse qui manquent à notre monde. »

En jouant Pessoa, il veut justement partager un moment de poésie. Le texte évoque un homme qui lui ressemble. En butte au prosaïsme, il n'en poursuit pas moins ses rêves…

(*) Centre de ressources d'expertises et de performances sportives.

Muriel Mingau

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