CONTRE LES BÊTES de Rebotier

Delphine Valeille
Auteur : Rebotier
Mise en scène, scénographie : Michel Bruzat
Lumières : Franck Roncière
Costumes : Dolores Alvez Bruzat

Jongleur de mots, il appartient à la folle famille des « dislocateurs »
de mots, de sons et de cerveaux, dans une langue qui raille et déraille.
Frère de Sol, Verheggen, Novarina, la langue est son orchestre.

« Contre les bêtes » est un monologue unique sur l’Omme qui a perdu son H, qui appelle à faire disparaître de la surface de la terre les 6 800 000 espèces animales qui la peuplent encore.

      

Chris DUSSUCHAUD

Documentariste de la meilleure veine (« Trintignant », « Jour de gloire », « Les serments du Dr. Chenay », « Le chocolat de l’enfant », « Les nouveaux Robinsons »…), Delphine Valeille excelle aussi sur les planches, au bénéfice du théâtre, sa matière première, sa matrice.

Comédienne tout en subtiles nuances, elle a fait sienne « Contre les bêtes », pamphlet charnel, sarcastique, grinçant, mordant, signé Jacques Rebotier, dénonciation sur le mode de l’humour (noir !) de l’éradication d’une « encombrante » faune par l’homme, la plus grande et incorrigible espèce menaçante de la planète, prédateur bestial appliqué à massacrer bisons (ah ! Buffalo Bill, criminel affameur d’Amérindiens), baleines, loups, éléphants, phoques, tigres, rhinoféroces, primates, oiseaux, liste non exhaustive !

A l’image d’un Sol ou d’un Devos, Jacques Rebotier écrivain, metteur en scène et musicien, aime trifouiller la langue aux confins des mots et de l’invention poétique. Il avait présenté ce monologue ironique sur l’Omme – H auto-aspiré par sa bêtise crasse ! – il y a quinze ans à la Chartreuse de Villeneuve, donné ensuite à 250 reprises, et prenant, hélas, à chaque représentation et au fil du temps, un peu plus de sens morbide, grippe aviaire ou vache folle lui offrant l’opportunité d’exercer souverainement, impunément, son droit de tyran. Dans une langue qui raille et déraille, « Contre les bêtes » mène un implacable réquisitoire à la Desproges ou à la Rego convoqués au tribunal des flagrants délires.

Pugnace convoyeur d’un « théâtre non protégé » menacé d’extinction, militant inoxydable, Michel Bruzat ne pouvait pas rester à quai, insensible à un tel sujet et à une telle malicieuse verdeur. En l’inspirée Delphine Valeille – leur troisième partenariat – il savait trouver le porte-voix idéal.

Du corps, de l’âme et un rendu au cordeau : leur travail complice est à voir… et à entendre ! En urgence. Histoire, par les médiocres temps qui courent, de retrouver du poil de la bête.

Carnet de Chris – Photo Franck Roncière (21.06.22)

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.